the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul



 
HEP POTO, tu veux devenir un king de la roulette ? No prob, viens jouer à la Roulette juste ici !
DÉBUT DE L'ÉTÉ PEOPLE. ON EST CHAUDS, ON IRRADIE DE BONHEUR, et on se laisse tenter par les nouveautés de baby HM ♥️
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Message  Sujet: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Sam 26 Mai - 14:36


the horizon tries but it's just not as kind on the eyes

« Iseul – she’s not my… girlfriend. »  Le dernier mot est lourd, chargé de frustrations et d’exaspération. Elle a perdu compte du nombre de fois qu’elle a eu à répéter ça aux idiots qui lui servent d’amis. Elle prend le temps de caler son téléphone entre son épaule et sa joue, une main occupée par deux Starbucks alors que l’autre verrouille la voiture puis range les clés dans son sac. « Si j’fais pas ça on va vraiment la renvoyer en Afrique. » S’explique-t-elle, ton contrôlé et acéré parce qu’elle est censée s’en foutre de tout ça. Et elle s’en fout, hein, ça – elle n’est pas sûre de ce que ‘ça’ veut dire pour elles – n’y change rien du tout. Le grand bâtiment qui se dresse devant elle rend la situation beaucoup plus tangible, soudain – quelque chose comme de l’anxiété s’installe. Un long soupir la quitte, premier pas vers sa perte. « …le Pérou n’est pas un pays africain but go off, i guess. » Elle choisit d’ignorer la réponse qu’elle reçoit de la part de sa meilleure amie, parfaitement consciente (ou pas) de ce fait. « Bon, Roméo. On n’a pas toutes une bmw pour nous conduire à l’université. Je dois attraper le dernier bus si je ne veux pas être encore en retard pour mon cours d’éthiques. »

De l’intérieur le bâtiment n’est pas si mal que ça, décide celle qui vit dans un palais. Il y a même une plante verte dans le coin. « Mmkay. See you later, asshole. » Gaeul, deux ans d’âge mental, s’empresse de mettre fin à l’appel avant qu’Iseul ne puisse l’insulter à son tour – self-preservation skills. L’ascenseur ne tarde pas à arriver après ça, et tant mieux, car ses pensées vont à cent à l’heure. Elle cogne le bouton de l’étage voulu avec un peu plus de force qu’il n’aurait fallu. C’est étrange de se retrouver ici sans leur amis – la dernière fois qu’elle est montée dans cet ascenseur c’était de force car, quote, « j’l’aime paaaaaas, j’veux paaaaaaas. » Peut-être qu’Alessa ne va même pas lui ouvrir la porte, considéré le fait qu’elle la mitraille des yeux à chaque fois qu’elles se retrouvent dans la même pièce.

(Elle oublie que tout le monde n’est pas de son level de manque de maturité.)

Eventuellement, l’engin arrive à sa destination. Gaeul trace son chemin vers l’appartement d’une aise qui la gêne un peu pour le peu de fois où elle s’est retrouvé ici. Dans l’espoir d’en finir au plus tôt pour calmer ses nerfs, elle ne se donne pas le temps de la réflexion avant de toquer trois fois. Fort. Trop fort. En même temps, elle sait que l’autre gosse dort toujours. Un petit coup d’œil vers sa montre lui confirme qu’il est sept heures trente. Ouep. Peut-être qu’elle est toujours dans son pyjama, ses cheveux ébouriffés et le sommeil qui se lit sur son visage. Peut-être qu’elle devrait faire demi-tour. Peut-être que c’est une mauv—

Quand la porte s’ouvre enfin, et que la tête d’Alessa l’accueillit tantôt, la jeune fille s’arme de son plus grand sourire et fait genre elle n’était pas sur le point de partir. Un acte de panique totale et de gêne qu’elle niera any day pour étant une entrée cool et sa façon de prendre l’ascendant sur son amie (parce qu’elle ne s’assume pas devant elle), mais elle la pousse et s’invite dans l’appartement sans réservations. La porte se referme derrière elle quand qu’elle s’y penche, son sourire poli toujours bien présent sur ses lèvres. « Hi. » Salut-elle, si awkward qu’elle sent ses joues brûler. Et elle essaye, elle essaye vraiment de paraître sérieuse, convaincante et, si possible, autoritaire. « Ok so, we don’t have to do small talks. Je suis là pour te conduire à l’université et m’assurer que tu assisteras à tes cours. Du coup, voilà ce qu'on va faire. » Elle prend le temps de lui passer le grand gobelet blanc sur lequel est écrit stoopid en noir avant de continuer, « Here’s coffee. Now move your ass back to your room, get dressed and let’s gooooooo. »

Bon. Ç’aurait pu être pire.


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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Sam 26 Mai - 18:34


gaeul & alessa

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D’habitude, elle ressent ce genre de pincement un peu contradictoire, celui qui ordonne à son ton de se rendre sec mais qui crève d’envie de l’attirer contre elle. Ou contre un mur. C’est ce pincement qui est devenu familier au fil du temps à se côtoyer malgré elles. L’une pour sauver sa peau, l’autre par obligation parentale – elles étaient désormais liées par une dette et qu’importe comment elles retournaient le problème, à quel point elles essayaient d’y échapper (ce n’était pas faute d’essayer de se fuir, vraiment), le lien était . C’était quelque chose qu’Alessa n’essayait même plus de fuir tant le fait s’imposait comme naturel. Son ressenti envers Gaeul était passé d’hostilité ouverte à agacement prépondérant, puis à une forme de résignation placide.
Jusqu’à en arriver à une impatience notoire de la revoir juste pour lui claquer ses mots cinglants dans la gueule. Ou simplement passer un moment avec elle. Elle en était là maintenant – sa relation à Gaeul s’était ponctuée d’une incertitude inévitable quant à ses émotions. Non qu’elle se plaigne de cette illogique omniprésente, ni du trouble qu’elle percevait chez sa locutrice à plusieurs occasions – on lui offrait toutes les occasions du monde de réduire l’équation au simple fait qu’elle en devait une chère aux géniteurs de l’aînée, et elle aurait été stupide de ne pas les prendre.

Ce matin pourtant, c’était l’appréhension qui avait gagné sur le trouble. Ce matin où Gaeul avait frappé, inattendue, parvenue sans s’annoncer, et où Alessa avait hésité à ouvrir la porte. Son enclin naturel à l’accueillir d’un air de défi s’était esquivé pour une réticence visible dès qu’elle ouvrit la porte. Elle avait troqué ses sourcils haussés pour un visage neutre, cerné, yeux gonflés et joues bouffées par trop de mâchage de coca. Elle n’eut pas le temps, pourtant, de marmonner un non que déjà Gaeul était rentrée, porte refermée derrière elle, fermement campée sur ses grandes jambes et la toisant du haut du building que formait son torse. « Hi. »
N’importe quel autre jour, Alessa aurait senti un certain embarras à la laisser constater le bordel qui s’étalait dans son dos, de l’oreiller jusqu’aux pieds du lit, passant par les déchets qui encombraient la cuisine. Elle aurait vite fait caché le cendrier rempli et se serait félicitée d’avoir pris une douche la veille au soir, avant de se rappeler qu’elle avait mis une culotte moche relativement visible sous le t-shirt qu’elle prenait comme pyjama. Aujourd’hui, elle avait simplement hâte que Gaeul lui dise ce qu’elle avait à lui dire, et parte. Alors, sans ménagement, elle lui lâcha un :

« Tu veux quoi ? »

Elle ne nota ni le teint rosé qu’avaient pris les joues de Gaeul, ni son embarras pourtant manifeste. La requête – ou plutôt, l’obligation – de cette dernière sortit d’une traite et elle lui laissa à peine le temps de procéder qu’elle ajouta : « Here’s coffee. Now move your ass back to your room, get dressed and let’s gooooooo. » Toujours figée, la Péruvienne attrapa machinalement le gobelet qui lui était fourré dans les mains, tâcha de déglutir pour essayer, elle aussi, de retrouver le contrôle de la situation en s’agrippant à un piédestal intangible. Gaeul n’était pas la seule à être gênée. « Sorry but I’m gonna pass », déclara-t-elle enfin dans son plus bel accent anglais, la voix à peine secouée, prenant une inspiration censée lui donner assez de courage pour poursuivre :« Je suis pas en état d’aller en cours. J’ai chopé un truc, sûrement. » Elle se mordit l’intérieur de la joue. Gaeul était là, plantée devant elle, venue pour la tirer de son lit et ayant résolument été acheter un café pour elle. Alessa ignorait si le geste tenait du pot de vin ou de la sympathie. Elle n’était pas sûre d’apprécier aucune de ces réponses. « Mais merci pour le café », glissa-t-elle quand même, le portant à hauteur de son menton. Stoopid, était-il épelé au feutre noir. Elle prit note de lui rendre le coup.

« T’es venue pour quoi ? »
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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Mar 29 Mai - 14:30


the horizon tries but it's just not as kind on the eyes

Ce n’est pas tant Alessa que ce n’est son père, qui l’irrite, au fond. Après tout, au tout début, elle trouvait la jeune Péruvienne plutôt jolie, plutôt intelligente – si admirable vue sa bravoure et son dévouement pour ses études. Des choses auxquelles Sin Gaeul attache beaucoup (trop) d’importance. Venir dans un pays étranger a dû être dur, venir dans une université aussi spéciale que la leur encore plus. L’intégration est pénible, la compétition n’est pas mieux. Ce qu’au début n’était qu’un regard compatissant, devenait petit à petit un peu plus encourageant. Un you can do this qu’elle ponctuait de petits sourires échangés dans des couloirs chargés d’élèves, et qu’elle n’a jamais osé lui dire en face pourtant. Et du fait d’admirer de loin, du fait de n’être que l’amie d’un ami, c’était des fragments de la personne qu’est réellement Alessa qu’elle recueillait et recollait à sa guise pour former une image complètement utopique d’elle. Sans le remarquer, c’était de la confiance qu’elle lui accordait. Alors quand un beau jour elle a découvert que c’était ses parents qui payaient pour ses frais d’études, et que c’était l’idée de son père, elle s’était sentie comme… trahie ?

C’est pour dire que Gaeul n’est pas sûre de ce qu’elle ressent envers Alessa, mais elle est dans tous ses états à chaque fois qu’elle la voit. C’est beaucoup de tu m’énerves, cheaterrr et beaucoup de ouais tu mérites pas mon temps et beaucoup trop de t’es belle, putain, kindly sit on my – elle divague. Le regard un peu bizarre que l’autre gosse lui lance l’arrache à ses pensées et la ramène au moment présent – Gaeul cligne des yeux, un peu désorientée, mais peu impressionnée. Elle se décolle de la porte d’une manière qu’elle espère coule et fait un pas vers Alessa, bras croisés. Elle troque sa gêne pour de l’irritation. « I’m sorry – did that sound like a request ? » Elle hausse les sourcils. « Because it sure as hell wasn’t. » Leur dynamique celle de Tom & Jerry personnifiée, elles ont l’habitude d’être aussi rêches l’une avec l’autre. Là, quelque chose lui échappe et Gaeul n’est pas sûre de savoir quoi au juste. Il n’y a plus l’aise d’autrefois. Elle ramène son propre café jusqu’à ses lèvres pour en prendre un coup, yeux rivés sur son vis-à-vis tandis que celle-ci s’explique et elle attend qu’elle finisse d’essayer de la berner pour rouler les yeux. « ‘J’ai choppé un truc’ ? You’re going with that ? Sérieusement ? » Son intonation monte progressivement, autant son air condescendant. « Triste. Je m’attendais à mieux de ta part, Lessa. »

Elle prend enfin le temps de regarder autour d’elle et – ok, même Iseul n’est pas aussi désordonnée et Iseul s’est déjà montré en cours de psychologie avec un livre de cuisine japonaise au lieu de son textbook. Pourtant elle ne remarque rien à voix haute, consciente que ça ne serait pas le meilleur stratagème d’attaque, là tout de suite. Mais le temps presse, et elle n’est pas près d’se casser d’ici sans elle. Elle regagne le regard de la Péruvienne et, un peu moins acéré son ton, elle répond, « J’ai entendu mes parents parler de toi hier soir. Ils comptent cesser de payer pour ton master si tu continues à être MIA en cours. » Gaeul n’est pas douée pour sugarcoat les choses, elle préfère donner des solutions. « Du coup je suis là pour faire en sorte que tu y vas. Expect more morning Starbucks from now on, I guess. » Elle hausse les épaules et affiche un sourire contrôlé, comme pour dire, neither of us has a choice now, binch, suck it up. Et le temps presse. « Bon. Sérieux. T’as quoi ? Parce que je suis pas près de sortir d’ici sans toi. On va soit à l’université, soit au docteur mais dans tous les cas, elle s’abaisse un peu pour être au même niveau qu’Ale quand elle continue, get your ass in there, get dressed and let’s go. »


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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Mar 29 Mai - 19:07


gaeul & alessa

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« I’m sorry – did that sound like a request ?Because it sure as hell wasn’t. »

Elle remarqua à peine ses maxillaires comprimées jusqu’à ce qu’elles commencent à lui faire mal. L’agacement arrivait à se faire sentir autant qu’un mal de crâne commençait à poindre derrière ses paupières. Elle n’avait pas envie de se justifier, de raconter cet empêchement qui la retenait chez elle à une quasi-inconnue. Parce que Gaeul n’était rien d’autre que ça – une amie d’un pote, une personne à qui elle a souri plusieurs fois dans les couloirs par sympathie et politesse. Une personne qu’elle s’est mise à adorer détester parce que Gaeul rendait ça si simple pour elle qu’elle aurait été bête de chercher plus loin les raisons de cet agacement chronique. Et en somme, qu’elle perçoive l’étudiante en droit comme la fille de ses riches parents, une camarade ou bien cette entité sur laquelle elle pouvait projeter toutes ses frustrations, n’en était pas moins que ce n’était pas auprès d’elle qu’Alessa allait s’épancher. Encore moins aujourd’hui, où la brune avait fait irruption chez elle avec ses gros sabots et son ton autoritaire. Alessa ne voulait rien lui devoir.

« Désolée de te décevoir. T’arriveras quand même à bien dormir cette nuit ? »

A n’importe quel autre moment, Alessa aurait ponctué cette réplique d’un sourire ironique, sourcil haussé en provocation sous-jacente. Cette fois son visage resta de marbre, rivé sur ses affaires qu’elle réunissait pour ranger un minimum malgré son envie frémissante de se refoutre au lit avec son portable. Son regard se porta d’instinct sur son paquet de clope, si proche et pourtant si loin – Gaeul s’interposa entre elle et lui pour avoir un meilleur aperçu du bordel vivant qui lui sert d’appartement au complet, lèvres pincées. L’envie de la titiller était à mille lieues de là, perdue entre sa frustration grandissante et à sa colère sourde. Elle aurait aimé pourtant. Elle aurait voulu pouvoir savoir se distancier pour prendre la situation à la légère, rire au nez d’une Gaeul beaucoup trop impliquée dans les études de la Péruvienne malgré ce qu’elle en disait, et tourner son application à son avantage. « J’ai entendu mes parents parler de toi hier soir. Ils comptent cesser de payer pour ton master si tu continues à être MIA en cours. » Mais les coups redoublent de rythme et son esprit n’y est pas. Le dernier l'atteignit plus qu'elle ne l'aurait aimé. « Okay. And what is it to you ? » Le sang battait à ses tempes sous la déclaration. Une menace ouverte. Elle retint de justesse l’envie cinglante et carnale de lui rajouter qu’elle devrait même être contente de la voir retourner au Pérou. Gaeul aurait été la première à la sanctionner de sa bourse si elle en avait eu le pouvoir. Ses invectives suivantes auraient suffi à la dissuader de cette affirmation mais elle n’y prêta pas attention.

« Je sais pas si c’est mon coréen ou tes oreilles le problème, mais je ne peux pas. T’as besoin d’un certificat sur l’honneur ? »

Son regard acéré rivalisa avec celui de Gaeul pendant de nombreuses secondes. Jusque-là, c’était une ironie placide et un calme déconcertant qui lui avaient répondu, ponctué de phrases ambiguës, entre le flirt et la provocation gratuite à une guerre ouverte. Aujourd’hui, elle n’avait pas envie du ton moralisateur de Gaeul, de son regard critique sur son rythme de vie douteux, de ses réprimandes. Ses ordres aussi sans appel que nébuleux la débectaient plus que d’ordinaire et Alessa serra les dents pour ne pas la prier de dégager maintenant. « And you’re not buying me with a Starbucks. Try real coffee next time. »
Mais Gaeul, tout comme elle, ne battait pas en retraite. Elle réitérait les attaques, plus calme cette fois, avec des arguments qu’Alessa aurait eu du mal à contrer. Ce serait la fac ou le docteur. Une implacable logique qui serait imperméable aux mensonges. Et de grands yeux bruns plantés dans les siens comme argument ultime – peut-être que ses mains seraient aussi rudes sur sa peau - non. « Ben ressors pas d’ici, alors. Ca t’apprendra à y entrer. » La brune fit volte-face et posa les quelques affaires récoltées sur sa table de chevet. Mécaniquement, elle attrapa le cendrier qui y traînait pour aller le vider. S’appliqua à ignorer l’aînée qui ne bougeait pas d’un poil. Aucun signe d’abandon, de vacillement même. Juste le plat silence de l’appartement, à peine dérangé par la porte de la poubelle qui claqua violemment. « Puisque tu restes tu veux un Mars avec ton café ? » Leur jeu mutuel avait pris fin et Alessa s’était renfermée à toute possible négociation. Elle attendait de voir Gaeul partir, se retirer face à son cynisme, abandonner pour pas être en retard en cours. Elle s’assit sur l’unique canapé de la pièce, frottant ses cuisses nues, soudain mal à l’aise. Puis attrapa le Starbucks qui lui était dédié pour se donner contenance, le sirotant pour le découvrir frappé. En plus elle a des goûts de merde.

« C’est tes parents qui t’envoient ? »
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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Jeu 31 Mai - 15:33


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C’est facile pour elle d’échanger n’importe quel sentiment qui la taraude pour de l’agacement – l’agacement étant son default mode et la réponse ultime à tout enchevêtrement émotionnel possible. Elle préfère être énervée plutôt que confuse, et Alessa a tendance à la rendre confuse rien qu’en existant. (Par confuse elle entend : partagée entre l’envie de l’embrasser et l’envie de la gifler. Souvent les deux, dépendant de how kinky elle se sent sur une échelle de 0 à 10.) C’est plus facile de vivre, comme ça ; elle se sent plus au contrôle si c’est de la colère qu’elle doit gérer. Puis en général, l’autre gosse joue le jeu aussi et c’est léger, entre elles, naturel et engageant. Aujourd’hui par contre, ça ne les réussit pas trop – c’est différent. Malgré elle, Gaeul gravite dans l’orbite Quispe et malgré elle, elle se retrouve à guetter les micro-expressions de la plus jeune pour un indice quelconque qui expliquerait cette différence. Qui expliquerait pourquoi elle a l’air si morte de l’intérieur. Plus que d’habitude, du moins. C’est qu’elle a l’air de forcer les mots et les réactions, et quand bien même l’aînée se plaît à croire qu’elle n’est pas vraiment intéressée par ce qui se passe dans la vie de la Péruvienne, son indiscrétion naissante trahit son affiche.

« Désolée de te décevoir. T’arriveras quand même à bien dormir cette nuit ? » Sa voix chargée de consternation, l’absence de son sourire super fake et super condescendant – la mâchoire de Gaeul se crispe. Sa frustration vient plutôt du fait qu’elle soit toujours là, clouée au sol d’un appartement dans lequel elle n’est pas la bienvenue alors qu’elle peut tout simplement laisser tomber et partir. Aller en cours. Aux cours qu’elle vont rater, à ce rythme. Elle n’a pas l’habitude d’être aussi affectée. Et c’est pire lorsqu’elle confesse que ses parents risquent de retirer leur bourse et qu’Alessa ne réagit même pas. Cette fois, l’héritière se renfrogne vraiment. « Lessa – are you even listening to me ? C’est pas entre toi et moi, ça. » Ça l’est. Elle le sait. « Ils risquent de te renvoyer chez toi et – » Tu as dû travailler si dur pour arriver là où tu es. Par fierté ou par peur, Gaeul retient cette dernière phrase pour elle, la sent brûler aux commissures de ses lèvres jusqu’à l’étouffement. Elle secoue la tête, incapable de comprendre le syllogisme de son amie lorsqu’elle lui répond, et encore moins son ‘je ne peux pas’ lacé de je-m’en-foutisme. Amie. Elles ne sont pas amies – elles ne se sont jamais donné l’occasion de l’être et franchement, Sin sait qu’elle est à blâmer pour ça. Mais là elle fait le premier pas et de l’autre côté de la route, Alessa ne répond même pas. Elle n’a pas l’air près de se bouger, en fait.

« And you’re not buying me with a Starbucks. Try real coffee next time. » « Oh zip it. If you didn’t like it you wouldn’t be drinking it. So let’s skip the part where you judge me for my coffee choices and go straight to the part where you’re throwing your life away and you’re not doing anything about it. » La politesse ne semble pas atteindre la Péruvienne, alors la Coréenne change de stratagème. Elle reprend son explication mot pour mot, de sorte qu’elle ne puisse plus se faufiler avec des excuses half-assed – sauf que la logique non plus ne semble pas l’atteindre. Alessa n’essaye même plus. Elle se retourne pour lui donner son dos et s’occupe par des futilités. Et ce n’est qu’à ce moment là que Gaeul percute qu’elle ne porte qu’un t-shirt.

Rien que ça.

Ca ne devrait pas tant la distraire – ses yeux errants grimpent le long de jambes nues quand même et un frisson traverse le long de son corps parce qu’elle est si attirante et – ugh. Look away. Please. Alessa dit quelque chose à propos de Mars et de café qui lui échappe et elle cligne des yeux, déroutée mais le cœur beaucoup plus léger. Distraction qui suffit pour évacuer un peu d’exaspération mais qui ne change rien au fait que – « fine. Je t’ai dit, je bouge pas de là sans toi. » Elle défait les zips de ses chaussures pour s’en défaire. « De toute façon je savais que t’allais pas céder – t’es super chiante quand tu t'y mets. » Gaeul ne manque pas de lui afficher un gros sourire lorsqu’elle saute sur le canapé, manquant de peu de verser son café sur la belle brune.  « Bah non. Ils n’comptent même pas te prévenir, en fait – juste t’envoyer leur comptable pour qu’il t’explique la situation. L’idée de mon père. »  Une gorgée de sa boisson et elle se tortille sur place pour mieux s’asseoir ; elle se met en tailleur, pour une fois ravie de ne pas avoir mis une robe ou une jupe. Elle tourne la tête pour mieux voir Alessa, grimaçant, sympathique. « He’s a dick. C’est principalement pour ça que je me suis énervée quand j’ai su pour ta bourse. Il fait rien pour bien faire, il veut toujours quelque chose en retour. » Elle évite d’expliquer pourquoi he’s a dick,  par contre, la flemme de toucher le sujet. « Tu savais qu’ils allaient revenir sur leur parole si tu continues à t’absenter, didn't you ? Alors pourquoi tu ne fais rien pour empêcher ça ? » Une pause. « And don’t feed me bull, Lessa ; we both know that’s useless. »



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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Ven 1 Juin - 9:25


gaeul & alessa

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Alessa sent l’agitation manifeste qui s’élève dans le ton de sa locutrice et elle espère un instant voir celle-ci l’insulter, reprendre son sac et tourner les talons pour se rendre en cours avant qu’il ne soit trop tard, la calomniant de tous les mots parce qu’après tout, c’est à cause d’elle si elle est en retard, si elle avait voulu se bouger le cul, elle n’en serait pas là… La Péruvienne savoure secrètement sa petite victoire face à sa némésis, se délecte de sentir sa frustration égaler la sienne parce qu’après tout pourquoi ne pourrait-elle pas avoir le pouvoir cette fois-ci ? Pourtant le goût du succès est de courte durée. Contre toute attente Gaeul s’acharne, s’entête à lui expliquer, à lui faire comprendre ce qu’Alessa refuse d’écouter. S’écument les arguments de la bourse, de ses parents qui envisagent de la lâcher, du retour inévitable et pressenti au Pérou. Les cinq stages sont là : le déni en espérant qu’un jour Alessa va lui retourner un argument sensible, la colère en constatant que c’est peine perdue, puis les tentatives de négociations qui se vautrent tout autant que les précédentes. Restent la déprime et l’acceptance mais Gaeul semble encore trop en forme pour s’y résigner. Elle retente : « Oh zip it. If you didn’t like it you wouldn’t be drinking it. So let’s skip the part where you judge me for my coffee choices and go straight to the part where you’re throwing your life away and you’re not doing anything about it. » Et cette fois, peut-être qu’elle sent qu’elle touche à une corde sensible car elle n’ajoute rien. Un silence s’installe et la balle revient dans son camp.

Au fond tout ça Alessa le sait. C’est une stupidité pure que d’abandonner maintenant, après trois ans d’une licence médiocre à l’université San Agustin où elle a trimé pour pouvoir partir ensuite. Après avoir été acceptée à l’une des facs les plus reconnues au monde pour donner à son diplôme une valeur qualitative inespérée. Elle a une bourse, des parents qui la soutiennent, les capacités mentales. Et maintenant des gens riches et prêts à investir dans son potentiel. Alors, pourquoi est-ce qu’elle n’a plus envie ? Ses yeux font un tour d’horizon sur ce canapé confortable où elle se replie, vers son lit une place qui lui semble toujours trop chaud. Ses breloques de chez elle qui contrastent d’une façon saisissante avec tout ce qui l’entoure d’autre – le campus, l’extérieur, son entourage. Elle avait toujours été entourée de sa famille, de proches avec lesquels elle était passée de la primaire à l’université. De sa petite-amie qu’elle avait connu semblait-il depuis sa naissance. Sa vie avait toujours été marquée par une stabilité prégnante. Sauf qu’aujourd’hui il n’y avait plus rien de tout ça. C’était Alessa face à elle-même, sans le bruit sempiternel qu’elle avait volontiers laissé masquer ses pensées et protestations. Elle était nue et vulnérable au regard de tous, avec tout le temps et tout le silence au monde pour contempler sa propre médiocrité. Alessa se demande s’il s’agit là de repli ou de lâcheté, et elle ne veut surtout pas l’apprendre de Gaeul.

« De toute façon je savais que t’allais pas céder – t’es super chiante quand tu t'y mets. »

Cette dernière lui balance un grand sourire, particulièrement fière aujourd’hui de lui tenir tête – le sourire se perd un peu lorsque l’aînée manque de renverser son café sur le canapé et sa résidente et c’est ça qui étire les commissures à la concernée. Alors « gotta admire your obstinacy », lui glisse la brune avec un sourire en coin. Le compliment bancal sonne pourtant sincère malgré la touche narquoise qui se pose sur ses lèvres. Elle saisit le café offert par Gaeul entre ses mains, grattant du bout du doigt la protection au-dessus du gobelet. Distante, elle écoute la jeune femme à côté d’elle poursuivre, hochant la tête à l’occasion. Elle relève à peine lorsque Gaeul mentionne les raisons de son premier énervement – elle a à peine l’énergie de lui demander d’en dire davantage. Tant et si bien qu’à la prochaine question de la Coréenne, Alessa y répond faiblement : « Bien sûr que je m’en doutais. Ça paraît normal. T’as déjà rencontré quelqu’un qui est prêt à investir en toi sans attendre de retour ? » Le problème avec elle, se retient-elle de dire, c’est que les investissements font jamais long feu. On place rarement trop d’espoirs en elle, professionnellement ou humainement.
Peut-être qu’on n’a pas tort.

La jeune Péruvienne laisse ses lèvres se pincer entre elles, contemplant quelle réponse offrir à l’aînée. Cette fois elle se doute que l’excuse du sale rhume ne suffira pas. Ses yeux se lèvent à hauteur de la jeune femme, confortablement vautrée dans le canapé à côté d’elle, à l’aise comme elle ne l’a jamais vue en sa présence. Gaeul est là pour rester, sirotant son café en attendant des réponses, éclair de malice dans ses petits yeux bruns qui disparaissent quand elle lève le gobelet pour en prendre une gorgée. Fini le temps où elle se contentait d’une réplique un peu rêche pour s’en aller sans se retourner. Du moins c’est l’impression qu’elle lui donne – l’envie de lui prêter un peu plus de son temps à se prendre la tête, ou du moins à essayer de comprendre. Alessa ne sait pas comment elle est censée honorer ça. « Je sais pas trop », commence-t-elle, cherchant ses mots sans trouver les pensées équivalentes. Son coréen est trop limité pour des pensées qui s’enchevêtrent déjà bien trop dans sa langue natale. « I don’t know – it’s all so different. It’s not like it was back home – and I’ve always been there. » Ses doigts légèrement tremblants se mêlent pour tromper sa nervosité, en vain. « J’ai choisi la Corée du Sud parce que ma mère en venait et qu’en-dehors de ma famille, à Arequipa, j’ai jamais trop connu ce que c’était. » Elle l’a réalisé tôt pourtant. Rien de ce qu’elle n’avait connu via sa famille coréenne, ni rien qu’elle avait pu lire ne ressemblait à la vraie Corée, celle où elle se trouve maintenant, avec ses manières fortes et ses différences qui semblent parfois insurmontables. « I don’t see myself in anything here. »

Elle hésite. Certes, elle ne s’y voyait pas mais a quand même réussi à s’intégrer facilement, étrangère qui leur ressemble pourtant, au sourire mutin et à l’aisance inégalée en public inconnu. Mais il y a Dania qui ne la reconnait plus, qui l’avait prévenue pourtant. Elle ne trouverait pas ce qu’elle était venue chercher ici. « Et je sais plus pourquoi je suis ici. Quand je suis venue j’avais des gens derrière qui me soutenaient, maintenant ça me paraît futile. » Elle édulcore le récit en lui épargnant la rupture, la remise en question et la poudre qu’on se procure facilement et dans laquelle est passée une partie de sa bourse d’Etat. Elle lui ouvre la porte, pourtant, et glisse : « And it’s stupid but I’m scared of what might happen if I graduate and go back there to find nothing for me. And now everything's a mess and I don't know what's left of what things were like before. »
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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Mar 5 Juin - 2:03


the horizon tries but it's just not as kind on the eyes

Elle y repense et, peut-être qu’elle a eu tort de venir ici, au final.  Plusieurs alternatifs s’offraient à elle. Elle aurait pu léguer la tâche leçon de morale d’urgence aux amis d’Alessa. Ils auraient été beaucoup plus efficaces qu’elle, vu qu’au moins eux, elle les écoute (parfois). Elle aurait très bien pu convaincre sa mère de l’approcher, aussi ; en espérant que la parole d’une mère soit plus influente que celle d’une gosse qui l’emmerde 24/7 et qui scande aux bonnes éthiques sans jamais en faire preuve avec elle. Gaeul aurait même pu ignorer toute cette histoire et passer à autre chose. Faire comme si ça ne change rien à sa vie. (Key words : comme si). Ce n’est pas à elle de gérer les conneries des autres après tout. Enfin, si seulement elle était capable d’effacer ce sentiment d’impuissance qui s’était emparé d’elle en apprenant la nouvelle. Ou ce besoin perpétuel d’aider et de protéger quand il s’agit des gens qu’elle ai—tolère.

S’était-elle attendue à ce qu’Alessa s’ouvre à elle quand même et malgré leurs antécédents et leurs différences ? Peut-être. Plus honnêtement, elle n’a même pas pris le temps de considérer ses attentes pour prévoir les conséquences avant de se pointer ici. A-t-elle cru pouvoir la persuader, slash l’obliger, d’aller en cours et de se reprendre en main ? Certainement. Gaeul est si habituée à obtenir tout ce qu’elle désir – et c’est autant dû au fait qu’elle soit blindée de billets et de faveurs, que ce n’est dû à son obstination crasse. Et si les deux filles ont ne serait-ce qu’un seul point en commun, c’est bien leur détermination déplacée.

Du coup, bah, who needs school anyway ?

Elle force ses yeux à se poser ailleurs que les jambes de la brune, un peu offensée de trouver la tâche presque surhumaine à exécuter. Toujours, toujours vexée par l’attirance qu’elle ressent pour elle et ugh, get your shit together, will you ? Elle fait genre elle n’est pas affectée, alors. Elle s’occupe de ses chaussures et exerce un contrôle impeccable sur sa voix, ses mots méticuleusement confectionnés pour relancer la discussion par peur que le silence ne soit trop pesant. Mais Alessa n’est pas Alessa si elle ne lui complique pas la vie alors quelques secondes plus tard quand elle se pose (se jette) sur le canapé devant elle et qu’elle lui affiche un petit sourire au coin, elle a l’impression que ses efforts sont vains parce que l’envie de l’embrasser redouble et avec ses frustrations.

P a r f a i t.

« So many great things about me and you pick that to admire, dit-elle, regardant la fille comme si elle a trois yeux, you’re so fucking weird sometimes. » Le mur entre elles s’écroule petit à petit, et Gaeul espère l’atteindre enfin. C’est quelque chose qu’on peut confondre pour de la fierté qui vient s’installer dans son sternum. C’est un bon début. « Bien sûr que je m’en doutais. Ça paraît normal. T’as déjà rencontré quelqu’un qui est prêt à investir en toi sans attendre de retour ? » La future avocate lâche un rire sans humour, ramenant son gobelet vers ses lèvres pour en prendre un coup. « Yeah. It’s called doing a good deed et mon père n’en a jamais entendu parler je crois. » Elle n’est pas sûre de ce qui la pousse à rectifier ensuite, « not that i think you’re a charity case, or anything like that. Tu mérites l’argent et… beaucoup plus. Enfin. Je sais pas. Mais tu m’as comprise. »

Si c’était un investissement équitable et impartial, peut-être. Connaissant son père, c’est loin de l’être. Il a toujours été comme ça : manipulateur, avide de pouvoir. Souverain indompté qui cache si bien son jeu derrière ses sourires faciles et ses costumes bien cintrés. Tellement que les gens continuent à lui faire confiance. S’il a pu oser voler de l’argent de son épouse sans remords, ce n’est pas à une inconnue dans une position de faiblesse qu’il offrira sa loyauté.

Gaeul ne veut pas avoir à deviner chacun de ses pas si Alessa est en jeu.

« Je sais pas trop. » C’est la Péruvienne qui rompt le silence, cette fois. Elle a l’air gênée, tendue – la Coréenne retient une main d’aller se poser sur son épaule pour rassurer. Elle offre un humm pensif plutôt, comme pour lui souffler qu’elle peut prendre son temps. Ce n’est pas de la pitié mais quelque chose d’autre qui fait de plus en plus pincer son cœur au fil des secondes qui passent et des mots que la plus jeune lui confie – elle n’est pas sûre de ce que c’est par contre. Elle ne veut pas savoir. I don’t see myself in anything here, a-t-elle dit, mais Gaeul can’t picture her anywhere else but here. D’abord, elle percute un peu à quel point elle a foiré avec Alessa. Toujours pas par pitié. C’est qu’elle n’est pas, mais alors vraiment pas la personne qu’elle l’a cru être. Elle n’est pas sûre de si c’est une bonne ou une mauvaise chose ça. Elle la croyait ici pour construire une nouvelle vie. Elle n’est là que pour améliorer celle qu’elle a laissée en Afrique. Ensuite, elle se convint qu’elle n’est pas blessée de savoir que celle-ci ne considère même pas toute l’aide que pourraient lui offrir ses amis d’ici.

« Mais il y a toujours des gens derrière toi, et il te reste toujours sur qui compter. » Gaeul feigne un ton nonchalant lorsqu’elle répond enfin. « I mean, us. Your freinds. Here. » Elle racle sa gorge, tente de cacher sa gêne d’avoir dit ça à voix haute, mais aussi parce qu’il est évident qu’elle est nulle quand il s’agit de consoler les autres. « Ta famille aussi. Tes amis de là-bas, même. They’re still there, right ? What makes you think they don’t care ? » Elle ne connaît pas son histoire dans les détails près et elle ne fait plus trop confiance à ce qu’elle croit connaitre. Est-elle sur de bons termes avec ses parents ? Et ses proches alors ? A-t-elle quelqu’un là-bas ? Quelqu’un de spécial. Ses pensées s’entremêlent. Elle lève la tête jusqu’à ce que le dos de son crâne se repose contre le dossier du canapé. Le plafond est super moche. « I don’t know what happened exactly – and you don’t have to tell me – but what if… it’s a good thing ? » Elle lance ça un premier temps et s’arrête, hésitante. « Parce que tu parles comme si ta vie est foutue mais… Maybe it’s just your chance to start over ? Here. » Elle tourne la tête vers elle et sent sa joue s’écraser contre le dossier. Elle doit avoir une drôle de tête. « Some people appreciate you, here. Some people would love to know more about you. You can have a family here too… I mean, you know, a support system of some sorts. » Gaeul pense qu’on lui doit la médaille de l’amie la plus pire au monde. Elle grimace. « Désolée. Tout ce que je veux dire c’est, elle s’humecte les lèvres, cherche une étoile quelconque dans les iris d’Alessa, do you really have to go back ? »


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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Mar 5 Juin - 13:31


gaeul & alessa

the horizon tries but it's just not as kind on the eyes


« So many great things about me and you pick that to admire, you’re so fucking weird sometimes. » Alessa sourit avec ses yeux, aussi surprise que prête à jouer. Elle n’a jamais connu Gaeul comme ça – drôle, volontairement qui plus est, et ça lui plait de voir la jeune femme se prendre au jeu. Un autre jeu que celui qui consiste à lui renvoyer toutes les bassesses possibles pour avoir le dernier mot, pour voir la veine enfler sur sa tempe, ses dents se refermer sur sa lèvre inférieure. « You ? Great things ? Haven’t seen any. » fait-elle, sourcils haussés, faussement gênée. D’un coup l’ambiance est moins incandescente et chacune se prête moins à la confrontation qu’à l’écoute. Alessa n’est pas sûre de comment l’interpréter, elle qui a toujours connu l’étudiante en colère, nerfs à vif et très, très attirante derrière son tempérament chaud. Là, elle découvre une Gaeul toute aussi intrigante dans sa douceur et son attention masquée sous des piques peu aiguisées.

« Je mérite pas plus l’argent qu’aucun autre étudiant d’échange dans cette université. Mais j’en ai besoin, et je sais dire oui et m’écraser quand j’ai besoin d’un truc. »

Alessa a vite appris que la dignité était un superflu de l’ego qu’il n’était pas nécessaire, voire encombrant, de maintenir. Beaucoup d’efforts du Soi à maintenir une illusion que personne ne voyait à part nous. Refuser de l’argent dont elle avait désespérément besoin pour continuer ses études, c’était du suicide scientifique, un irrespect face à ses parents et une incohérence déconcertante envers ses propres rêves et principes. Alors elle a accepté sans y réfléchir à deux fois – le prix à payer viendrait plus tard et elle n’y avait pas réfléchi outre mesure pour ne pas s’effrayer davantage. Alessa vit dans le présent et à ce moment-là, elle avait besoin d’un recours. On lui avait offert. Elle aurait été idiote de le décliner au nom de principes qui ne tenaient plus la route.

Elle hésite à en parler à Gaeul, puis décide contre. C’est les questions suivantes de la belle qui lui font s’ouvrir un peu et les langues se délient, progressivement.
Ses insuffisances se font ressentir, elle n'en est que trop consciente. Elle se dévoile, trop pour ses coutumes d'introversion, un peu trop pour aimer ça ; qui plus est, c'est Gaeul qui témoigne de sa déchéance. Alessa manque de comprendre pourquoi ça lui importe ; si c'est parce qu'il s'agit de quelqu'un en qui elle n'a pas assez confiance pour lui confier ses troubles ou si c'est qu'elle a toujours voulu montrer cette face nonchalante d'elle-même à l'aînée, et que faire tomber ainsi ses barrières serait une entrave à une telle manœuvre. Mais elle lui confie ses peurs, autant de rentrer que de rester ici. En filigrane passent son manque d’estime et son mal-être actuel mais comme par déduction, Gaeul s’applique à les contourner. A n’appuyer ni charbon sur les plaies ni essayer de les détailler trop longtemps. « Mais il y a toujours des gens derrière toi, et il te reste toujours sur qui compter. I mean, us. Your friends. Here. » Elle se force à masquer son sourire lorsque la Coréenne s’inclut dans son cercle amical – le moment lui semble malvenu pour se moquer d’une personne qui souhaite l’écouter. Un aveu : « I don’t contact them much. My family. I know I should, I just…it’s a rough time that I’m going through. » Elle laisse en suspens, ne laisse deviner si elle ne veut pas les inquiéter par cette démarche ou si elle souhaite se distancier d’eux.

Elle ne le sait pas elle-même.

Elle pense à ses parents fiers et inquiets de la voir partir. Au visage désapprobateur de Dania qui ne l’accompagne pas à l’aéroport. Un caprice qu’elle a toujours perçu comme normal venant d’une personne blessée comme elle l’avait tranchée… Son père, aymara aux mains rêches pour qui le bonheur se situe dans peu, ne comprendrait pas sa détresse. Sa mère n’a connu la Corée qu’en histoires familiales et manuels d’histoire, et sa grand-mère ne se rappelle que du pays pauvre qu’elle a fui pour une terre plus fertile il y a trop longtemps de ça… D’un autre côté leur enfant n’ose pas leur expliquer qu’en laissant Dania elle a perdu le phare qui la guidait et que les dernières convictions qui la gardent ici se réduisent comme peau de chagrin. « I don’t know what happened exactly – and you don’t have to tell me – but what if… it’s a good thing ? » Alessa n’écoute qu’à moitié, sourire désolé aux commissures. Elle aimerait que ce soit simple. Mais Gaeul non plus n’a pas connu les plaines d’Arequipa et les voiles de nuages qui habillent leurs volcans, les airs d’huayno qui berçaient ses voyages au marché et comme tout était doux et simple avec Dania.

« C’est de toi que tu parles ? »

Ses yeux malicieux croisent enfin ceux de la jeune femme, instigateurs, avides d’y trouver une quelconque gêne ou une confession de quelque sorte. Toujours taquine, Alessa se redresse dans le canapé, saisit le café offert par l’héritière et s’humecte les lèvres pour en retirer toute trace. D’un coup, rompant définitivement l’allure intime de leur conversation, un doigt se tend près du nez de Gaeul – « There ! A nice trait ! Found one. God that was hard. » Un air de défi se peint sur ses traits tirés. Elle prétendrait n’être que très peu touchée par les termes de la jeune femme si elle l’avait pu – or elle redevient vite sérieuse, son regard plongé dans celui de la concernée. Peut-être trop. « Would you be sad ? » La question se veut taquine mais prend un aspect plus sérieux qu’elle ne l’aurait voulu. Le contact visuel se rompt à mesure que la gêne grimpe en elle et elle lui assène sa réponse dans un soupir. « Non, rentrer maintenant ce serait pire. J’aurais rien accompli, et je ferai pas mieux là-bas. »

Elle était partie du Pérou pour une raison après tout. Le chômage chronique et grimpant dans les terres arides mal gérées par le gouvernement, les quelques employeurs se renfrognant face aux mestizos à la peau trop foncée, les inégalités creusées un peu plus par un climat en dégradation  constante. Sous les récentes années d’une jeune démocratie stable, la jeunesse andine essayait de récupérer ses droits et sa fierté mais les places pour les médecins restaient rares et chères payées, autant que les études étaient difficiles à obtenir avec un niveau standard à l’international. Alessa avait vu en son pays d’origine un espoir, une possibilité inexistante chez elle de revenir avec un diplôme reconnu et de vraies chances de son côté. Rentrer sans ce dernier serait se damner à trimer pour un boulot d’infirmière dans un hôpital peu réputé. Et dans le même temps, rester la condamnait à un futur incertain et à une dette trop large pour ses épaules devenues trop fines.

« Ton père, tu crois qu’il va faire quoi ? » ose-t-elle après un silence, se grattant la joue de deux doigts pensifs. « T’as pas l’air de le porter dans ton cœur. »
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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Ven 15 Juin - 11:44


the horizon tries but it's just not as kind on the eyes

Ou alors, peut-être qu’au final, elle a bien fait de venir ici et de tenter. Gaeul permet un gros sourire, unbashed quand elle croise le regard amusé d’Alessa.

« You ? Great things ? Haven’t seen any. » « That’s because you’re either too busy glaring at me or checking me out whenever we’re together. » Et ce n’est que la moitié d’un mensonge – elle a été plus que moche avec la Péruvienne depuis qu’elle a découvert qu’elle s’était (stupidement) impliqué avec son (stupide) père. Du coup c’est un peu de sa faute si celle-ci ne la tient pas si haut en terme de bonté d’âme. Mais elle sait qu’elle n’a pas tort parce qu’elle-même se surprend les yeux errants et la gorge nouée un peu trop souvent en sa présence et d’après Iseul, ou plus exactement tous leurs amis en commun, l’attirance n’est pas non réciproque – elles sont aussi obvious l’une que l’autre. Par contre, son sourire espiègle ne fait pas long feu. Gaeul roule les yeux si fort qu’elle sent une migraine arriver. « Well, t’aurais pu me demander de l’argent à moi. » Ton accusateur, mine renfrognée. Elle s’entend et n’a pas besoin de gober la réaction de la brune pour savoir que ce qu’elle dit est complètement ridicule. Son regard s’adoucie, elle détourne son attention ailleurs. « Sorry. That was stupid. Et ce qui est fait est fait, I guess. » Elle n’est pas sûre de ce qui l’exaspère le plus : le fait qu’Alessa soit maintenant liée à son père par un contrat qui pourrait très bien lui coûter son avenir, le connaissant, ou alors le fait qu’elle puisse penser qu’elle ne mérite pas plus que les autres alors que la Coréenne est persuadée du contraire. Les deux options ne rendent pas le flux de colère qui s’était épris d’elle plus raisonnable, elle s’efforce à laisser tomber le sujet ou le remettre à plus tard.

Alors qu’elle se sent plutôt satisfaite d’avoir réussi à intimer la belle femme à confesser ses anxiétés, elle se sent un peu débile de n’avoir aucun mot pour vraiment rassurer. Ce qui suit ensuite est un gros tas de n’importe quoi auquel Gaeul ne veut plus penser. Toutes les choses qu’elle a pu dire – toutes les pensées mal imbriquées qu’elle a déchargées sur Alessa en espérant consoler, elle ne veut plus y penser, veut plutôt les entasser dans un gouffre, le fermer à clef, et la jeter dans le Han River pour de bon. On ne peut pas retenir ça contre elle – she’s not a people person, elle ne sait pas être douce, trop directe pour l’être.

« C’est de toi que tu parles ? »

Touché. Gaeul grogne une protestation qui ne parvient pas à chasser la lueur de malice dans les yeux de l’autre gosse, mais qui fait assez de bruit pour noyer son malaise. Elle se décolle du dossier du canapé, pointe un doigt au nez d’Alessa et reprend son ton usuel, celui qui donne l’impression qu’on lui a pissé dans son bol de Kellogg’s ce matin. « Shut uppppp. Do you always have to ruin the moment ? » What moment ? L’héritière grogne encore une fois, l’envie de mourir se fait sentir autant que le sang qui monte jusqu’à ses joues. « Ok. Pretend I didn’t say something that cringey. » Et autant elle se plaint, autant elle est rassurée de voir qu’elles peuvent revenir à leur dynamique habituelle avec aise malgré tout ce qui a été dit. Au fond, ça relève de l’habitude, maintenant, leur ping-pong verbal. So –  « Would you be sad ? » Sa mâchoire se crispe, elle a le cœur qui bégaye dans sa poitrine. « Yeah, » dit-elle un premier temps, honnête. Un hochement plus certain, son café est froid lors qu’elle en prend une gorgée. « Of course I would. » Les armures sont omises, elle se sent nue sous son regard. Elle ramène ses genoux jusqu’à sa poitrine comme pour se protéger. « And I wasn’t talking about going back home now. J’ai voulu dire – quand tu finis tes études, et tout, tu dois vraiment rentrer chez-toi ? » Elle regarde partout sauf Alessa. « Tu ne peux pas rester ici ? Il y a de la place pour toi, ici. »

Ou peut-être que la Péruvienne ne veut pas rester.

« Nevermind, actually, that’s... personal. » Par peur de gêner, ou par peur de fâcher, Gaeul ne s’attarde pas trop là-dessus, s’empresse de passer à autre chose sans vraiment laisser le temps à la belle brune de lui répondre. Elle jette un coup d’œil à sa montre, grimaçant tantôt elle vit les aiguilles pointer vers le joli huit en argent. Exceptionnellement aujourd’hui, elle va manquer les cours – elle ne manque jamais les cours, qu’importe la raison. « Perfect attendance, not anymore, » remarque-t-elle, curieusement calme. « T’as gagné, pas d’uni aujourd’hui. » Elle peut déjà entendre Iseul glousser en fond, un sourire au coin comme pour lui souffler qu’elle sait quelque chose qu’elle, lui échappe complètement. C’est ce même sourire qu’elle peut entendre dans sa voix lorsqu’elles parlent de la belle brune et qu’elle la désigne comme étant sa petite-amie. Ce ah, when will you learn, Gaeul sous-entendu.

Alessa rompt le silence, cette fois-ci. L’héritière la regarde un long moment avant de lui répondre. Enfin – d’essayer de lui répondre. « He’s – » elle ouvre la bouche et une panoplie d’insultes qui varient du poli au grossier manquent de tituber d’entre ses lippes. Elle se retient. Elle n’aime pas étaler son linge sale devant les autres (cierge). « On n’est pas très proches, lui et moi. » Understatement of the year. « On va dire qu’on ne partage pas les mêmes avis, ou les mêmes principes. » Elle se demande brièvement si Alessa sait qu’elle ne porte même pas son nom de famille à lui, plutôt celui de sa mère. « He’s a businessman. » Résume-t-elle alors pour éclaircir un peu plus les choses, espérant qu’elle comprenne tous les sous-entendus qui viennent avec ce titre sans qu’elle n’ait à énumérer ses défauts un à un.

Quand elle y pense, il a toujours été comme ça, son père. De mauvaise foi. Mais ça n’a jamais dérangé avant – pas avant qu’elle n’ait découvert qu’il vole de l’argent de sa mère et quelque part, au plus profond de son âme, c’est contre elle-même qu’elle est si en colère. Parce qu’elle le lui a permis. Parce qu’elle ne l’a jamais arrêté de voler d’autre gens, avant. Elle ne se révolte que maintenant que ça touche ses proches. Gaeul n’a pas trop envie de creuser par contre, et pour l’instant elle se contente de le blâmer pour tout ce qui va mal dans le monde.

C’est plus facile ainsi.

Elle finit son café et lâche un long souffle satisfait. Elle délaisse le gobelet sur la table basse devant elles, là où beaucoup trop de déchets traînent encore. Elle se retourne vers la coupable, dents creusés dans sa lippe inférieure. « How about we clean this place up and then go for a brunch ? » Invitation lancée avant même d’être contemplée, mais Gaeul ne regrette rien. Un sourire offert, cette fois facile, desinvolte. « Decluttering always makes me feel better. »

Yeah who needs school, anyway.



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Message  Sujet: Re: the horizon tries but it's just not as kind on the eyes — alessa&gaeul     Dim 17 Juin - 21:50


gaeul & alessa

the horizon tries but it's just not as kind on the eyes


Fidèle à elle-même, Alessa ne réagit que peu aux provocations de sa locutrice. C’est à peine si elle y prend part – tout au mieux, elle les accueille avec un rictus se voulant narquois. Ses réponses placides et tout en douceur se glissent hors de ses lèvres pour être prononcées dans un calme légendaire. « I only check you out because it makes you stutter. I like making you look dumb. » Cette dernière partie vient accompagnée d’un sourire d’apaisement. Pour elle l’heure n’est pas à la provocation – du moins pas de celle qu’elles s’offrent habituellement, sans merci et parfois blessante. Avec Gaeul, c’est sa première fois et comme de coutume, Alessa est prudente. Son regard doux soutient celui de la jeune femme comme pour vérifier qu’elle accuse le choc sans s’en offusquer. Une précaution qu’elle a rarement prise avec l’étudiante en droit – ses mots dépassaient rarement un certain ton et elle n’avait jamais eu l’habitude de se mesurer. Si des paroles vénéneuses se glissaient malgré elle sur ses lèvres, rarement s’excusait-elle. Il en allait de même pour sa comparse, au demeurant – et lorsqu’elle voit celle-ci prendre les mêmes précautions, s’affaisser un peu plus dans le canapé dans une aise qui lui semble malvenue mais désirée, elle décide qu’elle aime bien passer ce moment ici, avec elle.

Peut-être est-ce cette aise qui les guide jusqu’à parler de l’origine de leur animosité – l’argent –, mais tandis que chacune s’affaire à s’expliquer, Gaeul finit par repousser la conversation. La Péruvienne voit sur ses traits passer la colère, puis la résilience, plus douce et acceptante, jusqu’à une forme d’excuse qu’elle accepte en silence. L’épisode ne parvient pas à les décourager, pousse même la plus jeune à se confier, laissant un flot de mots parler pour les pensées qu’elle n’a que trop refouler. Elle confie à mi-mots avoir peur de ce qu’elle trouvera au Pérou à son retour, mais se sentir encore plus seule ici, maintenant. Alessa signe ses confessions d’un énième trait d’humour parce qu’elle a trop peur de laisser ses ressentis devenir le sujet principal et elle n’est pas douée pour les confier. Pas plus qu’elle ne sait être sous les projecteurs ou les microscopes des autres, plus doués qu’elle pour comprendre ses propres émotions… La Péruvienne n’ose pas s’ouvrir davantage et lui dire qu’elle a peur que tout ça soit loin d’une bonne chose. Qu’elle s’accroche à ses derniers liens avec son Arequipa natale et qu’elle a trop peur d’être totalement démunie sans eux. Sans ses espoirs d’avenir. Avec Dania. En tant que médecin. Ses amis ici, elle les rejette, incapable de se lier comme elle l’a été avec Gosun, comme elle le sera sûrement avec n’importe qui. Alors Alessa préfère retourner le sujet contre son instigatrice. Une énième boutade fait disparaître toute réticence, toute gêne de son côté. Une lueur de malice éclaire à nouveau son regard et elle retrouve de son aplomb pour affirmer : « You wish. Sappy looks good on you. » Elle ne feindra même pas d’être touchée. Pas assez pour que Gaeul comprenne qu’elle l’est.

« Il y a encore plus de place pour les médecins au Pérou. »

Sa structure bancale manque de transmettre ce qu’elle aimerait détailler plus amplement : si elle ne le fait pas alors qui ? Surtout, aura-t-elle une chance ? Elle s’interroge encore sur la naïveté de son plan. Se plaît à croire que la discrimination s’arrête au moment où la vie d’autrui est en danger. Les médecins en milieux ruraux sont trop rares pour être efficaces et les urbains envoyés dans ces coins se plaisent à éviter autant que possible de s’y rendre. Les chiens malades sont nombreux là-bas et les camps aymaras difficilement pénétrables sans une méfiance exacerbée de leur population. Elle aimerait pouvoir expliquer la situation à Gaeul mais se demande s’il y a une bonne façon d’expliquer. S’il ne faut pas d’abord voir le Pérou pour comprendre les fléaux qui criblent cette région du monde. Aussi quand la Coréenne détourne le sujet, Alessa hésite entre se sentir laissée sur sa faim et soulagée. « Tu manques les cours pour moi ? Je pensais pas que tu m’appréciais autant. » La jeune femme ne tente pas de la dissuader, ni ne lui demande si elle est sûre de vouloir rester. Manière voilée, bien couverte de lui signifier que pour une fois, elle apprécie sa présence. Suffisamment pour être soucieuse de ne pas gâcher le moment en l’entraînant sur un sujet qui fâche – une fois que Gaeul a répondu à sa question quant à son père, Alessa opine du chef, demeure silencieuse et se promet de ne pas trop creuser le sujet. « Je vois », voilà tout ce qu’elle lui rétorque. En réalité, elle ne voit pas. Elle ne connait pas de businessman. C’est sa peur de paraître ignorante qui guide sa réponse et, heureusement pour elle, elle met terme à la conversation.

« How about we clean this place up and then go for a brunch ? »

Le pli entre ses sourcils s’accentue et elle a tôt fait de déchanter lorsque Gaeul parle de nettoyer. Alessa n’a même pas besoin de faire un tour d’horizon pour jauger l’ampleur des dégâts et ses lèvres se pincent entre elles en imaginant l’étudiante nettoyer son appartement… « Alors je propose un vote, commence la demoiselle, se redressant du canapé pour surplomber l’aînée. « La majorité gagne. Je vote pour qu’on aille directement au brunch plutôt que de ranger et comme je suis l’occupante de ce dortoir ma voix compte double. J’ai gagné ! Allez prends tes affaires on y va. On va où ?» Survoltée, la jeune femme a déjà ramassé quelques affaires pour les ranger dans son coin d’armoire. Elle espère fortement que Gaeul n’insistera pas – or celle-ci a l’air bien partie pour tout ranger. « Bon, on range. On verra après. » Un soupir. Elle s’était hissée avec difficulté hors du canapé, ramassant son cendrier plein au passage et attrapant son sachet de tabac de sa main libre. « J’te laisse la cuisine, je vais faire la chambre. Mets-toi à l’aise », indique la résidente en pointant du doigt le porte-manteau, puis la cigarette qu’elle roulait entre ses doigts.

Alors elle range. Le sol de sa chambre apparaît peu à peu et le reste autour s’assainit, jusqu’à la salle de bains qui n’a pas vu le jour depuis trois semaines au moins. L’odeur ambiante de cigarette n’imprègne plus autant la pièce et Alessa se demande où elle a vécu tout ce temps. « J’ai fini », lance-t-elle en ressurgissant dans la cuisine, où elle trouve Gaeul dos à elle. « Merci, pour ça. » Dubitative, dans l’expectative, elle attend de voir la réaction sur le visage de la jeune femme lorsqu’elle se retourne. Y cherche une trave de dégoût, de répulsion. « I had a tough time with classes this week. » Elle ment pour se justifier en vain. Elle espère que Gaeul ne relèvera pas. Alessa s’avance dans la pièce et la contemple sous un nouveau jour. Elle se pare d’un sourire léger, qui ne distrait que difficilement de ses sourcils haussés, témoin soudain d’une nervosité prégnante :

« You like red beans and guacamole ? We could eat here if you’d like. »
AVENGEDINCHAINS
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