Un vendredi, un des rares où tu ne travailles ni au café, ni à la salle de concert. Juste un vendredi fait d’entretien de plantes vertes, une après-midi à déconner avec les potes et une soirée tranquille à l’appartement. Sur ton plumard, qui fait aussi office de canapé, trône Nao et sa cheville abîmée. Ça fait un bail que vous n’avez pas passé du temps ensemble. Au menu ce soir, katsudon maison et des sushis que t’es passé prendre chez Bengoshi en bas de la rue.
Ça crépite dans la poêle, il est l’heure de dresser les assiettes. Alors ta voix s’élève dans le deux pièces : « Nao ? Ketchup ou mayo avec ton plat ? » Une scène bien domestique. Sur la table basse, tu disposes votre dîner, l’accompagne de canettes de soda et quelques bières. Assis au sol, adossé au lit, tu fais face à l’écran plat ; celui qui t’a couté ton premier salaire. Derrière vous, un mur de polaroids en tout genre ; des souvenirs de concerts, de soirées, de famille et d’autres que tu n’oses pas encore affronter.
La tête bascule en arrière, trouve le regard du plus jeune ; presque inquiet, tu demandes : « Ça va ta cheville ? T’es bien installé ? » et du doigt tu pointes sa gauche : « T’as d’autres coussins là-bas s’tu veux. » Sans plus attendre, tu remplis ton assiette de quelques sushis que tu dégustes presque aussitôt. L’alcool te fait de l’œil, c’est donc une bière qui accompagne ton repas. La première gorgée fait un bien fou, sur un son guttural, tu souhaites : « Bon’ap ! »